Oser le conflit pour exister !

Oser le conflit pour exister !

9 décembre 2022 1 Par oberthelot

Oser le conflit n’est pas rechercher le conflit.
C’est vouloir atteindre autre chose, sur l’autre rive, de l’autre côté. C’est vouloir traverser pour accéder à une vérité pour soi.
Celui qui réagit dans la violence, cherche à arrêter l’insupportable en d’une certaine manière, « supprimant » l’autre. A l’inverse, celui qui fuit, qui évite, cherche à arrêter l’insupportable en d’une certaine manière, « disparaissant ». Oser le conflit, c’est y aller, avec l’intention d’aller au bout ce que nous avons à dire, d’accéder à ce qui se passe en nous d’essentiel, et de le faire exister. 

 D’abord, reconnaître ce que nous ressentons: ces émotions difficiles à vivre, que nous n’aimons pas. Le conflit est cette terre aride, désséchée, dure à traverser. Des émotions désagréables nous impactent: la peur, la colère et leur manifestation: la violence. Nous ressentons du froid ou du chaud, du resserrement ou de l’embrasement. Nous aimerions être ailleurs. Il nous faut rester. 

Après avoir reconnu ce qui se passe en nous, il nous faut l’accueillir comme un passage. Oui, chaque être humain est habité par la violence et la peur.  La question n’est pas de nous en débarrasser mais de les apprivoiser. Je ressens cette violence et cette peur, je l’accepte et je m’accepte dans cette fragilité. C’est chez moi. L’autre ne fait que l’éveiller en moi. Il est responsable de sa propre violence et de ses propres peurs. Ce que cela me fait, c’est ma responsabilité, mon histoire, mon affaire.

La traversée de ce lieu en nous, demande souvent d’être accompagné. Un regard sans jugement, accueillant et même aimant d’un autre, nous appelle à nous aimer aussi dans ce lieu que souvent nous haïssons. Ces colères, lâchetés, angoisses, violences, hontes qui sont tellement difficiles à toucher, accepter, nous meurtrissent. L’autre peut nous accompagner dans cette traversée.

Oser le conflit c’est d’abord oser la rencontre avec nos ombres, pour passer sur l’autre rive.

Où trouver la force, la volonté, l’envie ? 

En nous, dans notre désir profond. Un élan pour exister, aller au bout de ce qu’on a à dire, de ce qu’on porte, de ce qu’on veut tellement exprimer. Alors avançons sans trop savoir en  partageant nos doutes, nos inquiétudes, notamment celle de ne pas être juste. Avançons un peu en aveugle avec l’envie de se respecter, avec comme soutien une promesse, une espérance, celle d’être vrai, unifié, réconcilié. 

Comment avancer dans le conflit ?

Ce n’est pas certainement pas en regardant nos pieds.  Regarder ses pieds, ce serait se focaliser sur la forme, les mots corrects à dire, une expression policée de soi. Difficile d’être vrai quand on veut être correct. Difficile d’être connecté à soi quand on cherche à contrôler son expression. Le problème de ces règles c’est d’être des règles à suivre. Et d’ailleurs, la valeur des stages de communication non-violente n’est pas d’apprendre ces règles, mais d’expérimenter avec l’aide des autres, des moments où nous sommes vrais, et d’en prendre l’habitude.

Ce n’est certainement pas en accusant l’autre. Il a bien sur sa part. Avancer dans le conflit c’est accéder et exprimer ce qui est touché en nous, blessé, abîmé. Notre boussole c’est ce ressenti, ce tâtonnement dans ce qui se passe en nous, vers ce qui est vrai. Le vrai n’est pas une idée c’est un ressenti. C’est notre corps qui certifie notre parole. Et l’autre le ressens. 

Les grecs parlaient d’une « parole vraie et courageuse » la parrêsia, (mot grec formé sur le pronom pan(tout) et le verbe rein (dire) et qu’on peut traduire par « dire-vrai » ou « franc-parler »). Nous pouvons reprendre ce mot. Oser le conflit c’est oser dire une parole vraie et courageuse pour soi et pour l’autre. 



Pour continuer la réflexion: Michel Foucault : Le Courage de la vérité. Le Gouvernement de soi et des autres II – Lytta Basset, Sainte colère, Essai (poche)

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